"MARIE TUDOR", DE VICTOR HUGO

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Des costumes intemporels

Nul besoin de pourpre ni de vermeil pour la monarchie. Pas d’habit d’ouvrier non plus. Le texte est suffisamment explicite sur les conditions de chacun. Les costumes seront simples et contemporains. Ils souligneront l’expressivité des corps.

De l’importance de la lumière

La pièce est sombre.
Les lumières modèlent les lieux et les corps visant à mettre en valeur l’acteur. Elles jouent un rôle essentiel, accentuant les émotions contradictoires des personnages.
La Tamise, toujours présente, est évoquée par des reflets sur les corps, sur le mur du lointain et sur les structures des tours latérales.
La lumière accompagne le rythme effréné du texte et souligne les enchaînements manipulateurs des personnages.
Enfin, la lumière relève les corps des comédiens et leurs ombres.

Une ponctuation sonore

La musique s’apparente davantage à un accompagnement sonore. Elle est constituée à partir de boucles de musique électro-acoustique simples, composées en amont mais réalisées en direct par le compositeur pour coller au plus près aux jeux des comédiens. Le son de l’eau est présent car la Tamise est un personnage à part entière de la pièce. Chaque comédien prend en charge une partie musicale de la partition générale, sans instrument, à partir des accessoires (clefs, couteaux, talons)... de leurs corps et de leurs voix.

Chants

Les chants sont une respiration dans le tumulte des sentiments et des rebondissements de l’action. Les comédiens chanteront quelques chants a cappella de l’époque pré-élisabéthaine à la pop anglaise d’aujourd’hui pour nous plonger simplement dans la langue.

Pourquoi monter Marie Tudor ?

A mes yeux, la représentation théâtrale de la question politique, de la légitimité du pouvoir, de la place de l’individu dans la société est essentielle car elle confronte sentiments et intérêt commun.
La lutte entre les enjeux du pouvoir et la vie privée existe de toute éternité.
Comment le geste d’une femme amoureuse et reine peut bouleverser le cours de l’Histoire, la vie de milliers de personnes ?
La langue de Victor Hugo est merveilleuse pour l’acteur comme pour le spectateur, la pièce est truffée de rebondissements dramatiques, d’enjeux contradictoires...

Marie Tudor, résumé de la pièce

La pièce se déroule à Londres en 1553. Marie Tudor règne sur l’Angleterre. La situation politique est tendue, l’opposition protestante souhaite renverser la reine catholique. Afin de préserver une paix fragile, Marie Tudor fait régner la terreur et condamne les contestataires à l’échafaud. Pour raison d’Etat, elle doit épouser le prince Philippe d’Espagne qui envoie Simon Renard à Londres, afin d’éloigner de la reine, son amant et favori, Fabiano Fabiani. Ce dernier est également l’amant de Jane, une jeune orpheline qui doit épouser l’ouvrier Gilbert, son père adoptif. Gilbert, apprenant qu’il est trompé et souhaitant se venger et mourir, offre sa vie à Simon Renard. La reine, meurtrie d’avoir été trompée, accuse Gilbert, devant témoins, d’avoir été payé par Fabiani pour l’assassiner. Les deux hommes sont condamnés à une exécution publique.

Malgré la révolte qui gronde et qui demande la tête de Fabiani, la reine regrette sa machination. Oubliant sa couronne menacée, elle programme l’évasion de Fabiani avec l’aide de Jane. La jeune fille fait évader non pas Fabiani, mais Gilbert, qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.

Intentions

Mon travail autour de Maïakovski, Evgueni Schwartz et Falk Richter interrogeait déjà le rapport entre politique et sentiments amoureux.
Chez Maïakovski, l’amour pour Lili Brik et pour la révolution d’octobre répondent d’un même élan, chez Hugo, dans cette pièce, l’amour et le politique s’affrontent.
La complexité des sentiments humains influence la politique voire même l’Histoire.
Je me réjouis de mettre en scène la complexité de ces sentiments, Hugo dresse des portraits de personnages troublés par leurs contradictions. Non seulement les émotions peuvent être contradictoires mais vient s’ajouter la machination des amants trompés. La sincérité est doublement bafouée.
Je m’interroge sur ce que signifie la trahison. Tromper et être trompé répond-il du même mécanisme en politique et en amour ?
Victor Hugo use des archétypes du spectaculaire : inquiétude, suspens, meurtre, révolte, terreur, passion. Je souhaite manier ces grandes émotions avec sobriété. J’imagine une mise en scène dépouillée afin de laisser entendre pleinement le texte, la violence du style qui est celle des sentiments.

« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon petit doigt.»
David Hume, Traité de la nature humaine (1740)

Un clin d’oeil au film noir

L’écriture d’Hugo allie suspicion, intrigue, amour et espionnage. Marie Tudor est une pièce oppressante...

La direction d’acteurs

Le texte de Hugo offre une langue et une dramaturgie conçue pour l’acteur. Cette écriture, parfois grandiloquente, est d’une telle richesse qu’il faut l’interpréter avec sincérité. Il est question de manipulation, de «théâtre dans le théâtre», de tromperie et de faux sentiments...

L’acteur est au centre de la pièce et évolue sur un plateau nu. Je souhaite que le jeu soit sans artifice. Une prise de risque réelle révélant à la fois la beauté du texte et l’alchimie de la distribution.

Plateau nu, hauteurs latérales

Une scénographie verticale, à l’image du pouvoir.

Le fleuve est suggéré au lointain par les lumières et le son.

Les maisons ouvrières le long du fleuve, les appartements de la Reine, les cachots de la Tour de Londres... Rien de tout cela n’est illustré en frontal. De chaque côté de la scène, deux tours. Des escaliers permettent d’atteindre des paliers. Les tours sont soit tenues entièrement dans la pénombre, soit coupées par la lumière afin de ne dévoiler leur hauteur qu’au fur et à mesure.

Cette hauteur est associée aux figures du pouvoir. Hugo évoque l'ascension et la chute. Tous les personnages s’élèvent et tombent.

Adaptation et mise en scène
Laure Favret

Avec
Elizabeth Mazev
Claire Sermonne
Thibaut Corrion
Simon Morant
Matthieu Marie
Nicolas Struve
François Kergourlay

Scénographie
Damien Caille-Perret

Lumière
Anne Coudret

Musique
Jean-Yves Bernhard

Chant
Justin Bonnet

Collaboration artistique
Sophie Sainte-Marie